Fait d'été, fait divers

Publié le par Dradradra

Quatorze heures cinquante.

Le ciel est parsemé de nuages sans forme gris, blancs, plus ou moins lumineux. Une sirène retentit, celle des pompiers. D’une ambulance. Quoiqu’il en soit, le véhicule essaye de se frayer un chemin parmi les voitures. Le bruit de la sirène s’arrête puis reprend. Puis s’arrête. Ils sont arrivés jusqu’à l’hôpital.

Quatorze heures cinquante cinq.

En l’espace de cinq minutes, des gens sont morts, d’autres sont nés. Une chanson s’est finie, une autre a commencé. Sans transition. Si ce n’est un morceau de silence, un blanc ; comme celui du ciel. Celui qui surplombe cet arbre prêt à affronter l’hiver - vie entre parenthèses -.

Elle aussi a vu sa vie placée entre parenthèses ; par la volonté d’une autre.

Quinze heures.

Cet été, canicule.
Barbotages dans les plus grandes fontaines de la capitale, bouchons sur l’Autoroute du Sud, effluves d’essence, pique-niques sur les aires de repos, sable fin, seuil de pollution tour à tour atteint puis dépassé, moments de détente, vie. Survie, maltraitances, coups, solitude, ombre, faim, isolement, fatigue, cruauté, enfermée, cloîtrée, prostrée, battue, inexistante. Coma.

Quinze heures treize.

Services sociaux mobilisés, rapports effectués, sans suite.

Quinze heures quinze.

Samu, police. Erreur et incompétence.
Appareils respiratoires, diagnostic. Elle est vieille, les sévices subis sont extrêmes. Elle serait morte de faim et morte tout court, si personne n’était intervenu. Elle se bat et respire, entre parenthèses. Pour qui… Pour quoi ? Pour ceux qu’elle a mis au monde et qui barbotent dans ces fontaines sous ce soleil de plomb ?

En pleine nuit, elle implora, la voix déchirée par des sanglots, qu’ « On l’emporte loin de ce monde ».

Août 2003. Le Vingt Heures.
Fait Divers.

Publié dans Pat & Tic

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