Une vie trépidante

Publié le par Dradradra




Il était une fois une petite fille qui rêvait d'étendues boisées, de princes charmants, de licornes et de vallées enchantées.
Cette petite fille aimait le sucre, les bonbons, les fraises, la guimauve et tout ce qui fait enfler comme un ballon, qui s'installe durablement sur les hanches et dans le popotin, jusqu'à faire partie intégrante du paysage lunaire. Vint un jour où la petite fille dut prendre son envol et quitter son monde fait de poupées et d'oiseaux du paradis. Elle dut enfiler son bleu de travail dix fois trop grand pour elle, chausser ses bottes de sept lieues et intégrer l'idée qu'elle avait grandi.

Dehors, elle trouva des gens fourbes, des gens bien, des vitrines alléchantes, des rues bondées, un ciel gris, une plage de sable fin, de grands arbres, des lumières, des odeurs, du bruit et parfois du silence.

Elle se mit en quête d'un travail, prit son courage à deux mains et démarcha tous les commerces de la ville.
Elle finit par rencontrer une mégère vieille de trois cents ans au moins, courbée, seule, aigrie. Ravagée par le poids des années, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même.
La jeune fille fut embauchée pour lui faire la lecture et lui offrir quelques promenades. Une fois tous les magazines de sciences lus, toutes les encyclopédies dévorées et tous les annuaires épluchés, la vieille carne demanda au doux agneau de lui lire la rubrique nécrologique du journal. Chaque jour. Après d'interminables heures à scander des patronymes, la jeune fille avoua à la vieille femme qu'il était temps pour elles de trouver de nouvelles occupations. Elles se mirent donc à tricoter ensemble. Puis à crocheter. Puis à broder. Puis à coudre. Le temps aidant, elles avaient acquis une certaine dextérité, ainsi qu'un certain goût en matière d'assemblage de couleurs, de tissues et de formes.

La jeune fille, à présent devenue jeune femme, proposa à la vieille femme de vendre leurs créations. La maison avait besoin d'être retapée, repeinte, rafraîchie, tout comme son occupante.
Toutes deux ouvrirent donc un magasin de vêtements douillets, de capelines rosées, et d'accessoires colorés. Le premier du genre. Elles se firent rapidement un nom et les visiteurs venaient des quatre coins de la région pour faire leurs emplettes.

Puis vint un matin où la vieille femme ne répondit plus, lorsque la jeune femme frappa à sa porte. Plus aucun souffle de vie ne s'échappait de son coeur, elle était étendue sur le sol, inanimée.
La jeune femme ne sut qu'entreprendre après cette terrible découverte et décida de reprendre le magasin et d'en faire un lieu comme elle les affectionnait. Elle le rebaptisa "A l'orée du bois" et celui-ci devint le passage obligé de toutes les princesses qui doivent un jour grandir.

Publié dans Delirium

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