[Article] David Safier : un cocktail d’imagination et de dérision

Publié le par Dradradra

 

 


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Après avoir été scénariste pour la télévision allemande, David Safier s’est lancé dans l’écriture de ses deux tout premiers romans intitulés  « Maudit Karma »  et « Jésus m’aime »  en 2008 et 2009. Deux histoires de la vie, de la mort et de l’amour. Retour sur deux best sellers complémentaires.


Lorsque l’on demande à David Safier s’il a écrit ses premiers romans sous l’effet de substances hallucinogènes illicites, il répond volontiers et non sans humour, que son péché mignon, c’est plutôt le chocolat et le café. Chocolat, lorsqu’il s’est attelé à l’écriture de « Maudit karma » et café, lorsqu’il a attaqué « Jésus m’aime ». Pas de champignons hallucinogènes, donc, pour cet auteur à l’imagination débordante, qui confie être toutefois très intéressé par la religion et l’envie de romancer ce thème avec une pointe d’humour et de nonchalance.

 

Des préoccupations métaphysiques


Dans « Maudit karma », le lecteur fait la connaissance de Kim Lange, présentatrice télé en vogue qui s’apprête à vivre le plus beau jour de sa vie.
Ce soir, c’est l’anniversaire de sa fille Lilly, certes, mais comble du bonheur, elle va avant tout recevoir le Prix de la meilleure présentatrice télé, récompense ultime pour son travail acharné.
Alors qu’elle s’apprête à vivre ce moment de gloire, Kim est tuée par l’arrivée fracassante sur terre du lavabo d’une station spatiale russe laissée à l’abandon.  Dans sa course vers les étoiles, Kim a délaissé sa fille, trompé son mari et rendu la vie impossible à ceux qui se mettaient en travers de son chemin. Pas question de paradis donc, car elle ne l’a pas mérité.
Commence alors son long chemin vers la rédemption, parsemé d’embûches, de doutes et de sarcasmes. Tour à tour réincarnée en fourmi, en ver de terre, en cochon d’inde (la liste est loin d’être exhaustive), l’ex vedette du petit écran doit apprendre à relativiser et à observer le monde sous un autre angle. Et tout prend une dimension encore plus dramatique lorsque l’on assiste en tant que fourmi à l’arrivée d’une remplaçante au sein de la famille…

Avec son deuxième roman intitulé « Jésus m’aime », Safier invite son lecteur à suivre le quotidien de Marie, une jeune femme abonnée aux désastres amoureux. Après un énième échec sentimental, Marie jette son dévolu sur Joshua, un artisan couvreur terriblement réservé qu’elle ne connait ni d'Eve ni d'Adam. Cet homme calme, doux, posé, réfléchi saura toucher son cœur et son âme, avant même qu’elle ne connaisse sa véritable identité…
L’idée du livre, l’auteur l’a eue en pensant à la Bible : «  Et si on découvrait que ce qui est écrit dans la Bible est vrai, et que Jésus revenait effectivement sur Terre lors du Jugement Dernier ? Je me suis surtout demandé ce qui arriverait si une femme tombait amoureuse de lui. Est-ce que l’amour serait plus fort que les plans de Dieu ? Le reste est venu au fil de l’écriture. »

Apparemment très à l’aise avec le maniement de l’ironie et le second degré, David Safier s’est amusé à porter un regard critique sur la religion.
Alors que Kim décrit un bouddha en pagne rondouillet et joufflu décidé à la faire enrager, Marie, elle, glousse joyeusement à la vue d’un Jésus artisan couvreur sexy à mort. Le lecteur, quant à lui, se délecte de ce politiquement incorrect et de ces situations dignes d’un voyage dans la quatrième dimension.
Safier parvient à se mettre dans la peau de personnages en proie au doute, au scepticisme et au rejet, convaincus d’avoir tout perdu (l’amour, leur ego, la vie). Au fil des pages, ils apprendront à nouveau la confiance, l’espoir et le bonheur. Non pas parce qu’ils croient à nouveau en Dieu, non, mais simplement parce qu’ils croient à nouveau en eux.

 

 

Un homme pensant comme une femme ?


David Safier semble adepte du challenge et du second degré. Lors de la sortie de « Maudit karma », il confiait au site Bremen.de que selon lui, les femmes avaient davantage de facilités que les hommes à exprimer leur sentiments et que par conséquent, il avait décidé de prendre une femme comme héroïne pour ce premier roman. Quoi de plus naturel qu’une femme rongée par la culpabilité, la souffrance ou la colère confiant ses pensées les plus intimes ?

L’héroïne du début se transforme rapidement en anti-héroïne. Du sommet de la gloire, Kim dégringole jusque dans les entrailles de la Terre, pour réapparaître en fourmi. Rien de glamour là-dedans, il faut bien regarder les choses en face. Et c’est en tant que fourmi que Kim apprendra à regagner sa propre estime et à faire le deuil de sa vie passée.
Marie, quant à elle, est une anti-héroïne née. A croire qu’elle le cultive depuis sa plus tendre enfance. Les relations avec son père sont tendues et celles avec sa mère sont inexistantes. Les hommes dont elle est tombée amoureuse ne sont que des aimants à souffrance et sa libido avoisine probablement celle de Bridget Jones. Les relations qu’elle entretient avec sa sœur semblent plus stables, avec toutefois quelques passages nuageux conflictuels. Bref, Marie ne s’entend avec personne, et même pas avec elle-même.

Safier oublie sa condition masculine l’espace de trois cents pages. L’exercice est périlleux, mais on ne peut qu’être convaincu par la prouesse de l’auteur. Il parvient à s’exprimer, penser et vociférer comme une femme et le lecteur y croit dur comme fer.
Selon Safier, l’homme et la femme ne sont pas si différents l’un de l’autre, puisqu’ils connaissent tous deux la souffrance et les peines de cœur. Alors que la femme parviendrait à exprimer ce qu’elle ressent,  l’homme quant à lui aurait davantage de difficultés  à transformer les maux en mots.

De là à savoir de qui Safier s’inspire pour l’écriture de ses romans, c’est encore une autre histoire…

 

Pour en savoir plus, retrouvez l’interview en allemand de David Safier sur bremen.de à l’adresse suivante : http://www.bremen.de/kultur/sprache_und_literatur/interview-mit-david-safier-9909406

Publié dans Ma bibiothèque

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